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300 MILLIONS DE DOLLARS : UN GAUGUIN DEVIENT LE TABLEAU LE PLUS CHER AU MONDE
08-02-2015

Le dernier voyage de Gauguin au Qatar

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Quand te maries tu ?, tableau tahitien de 1892, a été vendu en privé la semaine dernière à l'émirat princier et devient le tableau le plus cher du monde à 300 M$. Il quittera la Suisse après l'exposition Gauguin de la Fondation Beyeler qui s'achève le 28 juin.

 

C'est une forme de publicité éclatante dont la respectueuse Fondation Beyeler de Bâle se serait bien passée. Deux jours avant le vernissage privé de samedi réservé aux prêteurs de l'exposition Gauguin et aux collectionneurs suisses - ces grands discrets-, la nouvelle est tombée d'un coup, comme la neige en ce dimanche matin. «Nafea Faaipoipo» (»Quand te maries-tu?»), un grand tableau éclatant de 1892, soit la première période tahitienne de Paul Gauguin si cotée, va partir cette année vivre au Qatar. Le lointain émirat des sables l'a acheté en privé autour de 300 M$ à son propriétaire suisse, Rudolf Staechelin, 62 ans, homme d'affaires retraité de la belle ville prospère, a révélé The New York Times dans son édition datée du 5 février. Le vendeur a confirmé la chose à Scott Reyburn et Doreen Carvajal, les correspondants londonien et parisien du journal américain. Le Qatar, en revanche, s'est abstenu de leur répondre via le canal usuel et peu bavard de The Qatar Museums de Doha. L'argent et l'art, toujours un mariage d'actualité.

 

Ce grand tableau était déjà sur toutes les affiches de la ville, avant ce coup d'éclat du marché de l'art qui détrône le record des «Joueurs de cartes» de Cézanne, déjà parti au Qatar en 2011 pour une somme non confirmée de 250 M$. Ses deux Tahitiennes occupent toute la composition de leur beauté ambrée, de leurs pagnes aux couleurs chaudes, de leurs bouches pulpeuses comme des mangues. La femme du second plan, altière dans sa sage robe imposée par les missionnaires, égayée par la palette mandarine de Gauguin, est une statue saisissante. Celle au premier plan, ovale du visage pointant en avant, main qui écarte la bretelle du corsage, semble sortir du tableau avec son visage légèrement aplati. Les Bâlois connaissent parfaitement cette icone post-impressionniste car Rudolf Staechelin et sa famille l'avaient laissée en dépôt au KunstMuseum de Bâle depuis près d'un demi-siècle. Ce vendeur a hérité d'une large collection d'art impressionniste et moderne, de Van Gogh à Pissarro et Picasso, tous en dépôt au musée. Il était donc attendu samedi comme le Messie au déjeuner de la Fondation Beyeler, déployé avec une simplicité de bon aloi devant la fresque murale du peintre écossais Peter Doig réalisée avec ses étudiants des beaux-arts.

 

Aucun commentaire perfide ni désabusé, dans le traditionnel déjeuner de samedi qui réunissait les sommités en matière de Gauguin et les collectionneurs très citoyens de la confédération helvétique. Très joliment, la Fondation Beyeler avait préparé des colliers de fleurs fraîches, des oeillets multicolores, pour chaque convive, femme ou homme, Londonienne branchée comme Michaela de Pury ou banquier habillé de gris. Question d'éducation et de tact. C'est pourtant une perte sèche pour le grand musée suisse qui vient de fermer justement ses portes pour s'agrandir et se redéployer. Une propriété privée reste une propriété privée, chose sacrée et établie au royaume des banques silencieuses. «Un prêt est un prêt, nous avons réappris le sens du mot», a simplement dit Sam Keller, directeur de la Fondation Beyeler dans son discours de remerciements aux prêteurs, aux chercheurs venus de Buffalo, de New York et de Paris, et à son équipe de perfectionnistes. A commencer par les commissaires de l'exposition Gauguin, Raphaël Bouvier et Martin Schwander. «C'est mon premier Gauguin, un tableau que j'ai vu toutes les semaines et qui est donc cher à mon coeur», soulignait pudiquement ce dernier.

 

Les amateurs européens et américains ont jusqu'au 28 juin pour voir «Nafea Faaipoipo» avant son envol. Le souvenir tahitien y est entouré de deux chefs d'oeuvre absolus de Gauguin de la même année: «Aha Oe Feii?» (»Et quoi! Tu es jalouse?), avec ses deux nus irradiants sur fond rose, prêté par le Musée Pouchkine de Moscou, et «Parau Api «(»Quelles nouvelles?»), deux jeunes Tahitiennes posées sur un fond citron, tout en mystère méditatif, prêté par le Staatliche Kunstsammlungen de Dresde. Entre ces deux merveilles, d'une modernité renversante, le tableau acheté par le Qatar semble nettement plus sage, plus habillé, moins sensuel, moins abouti aussi. Voilà un Gauguin qui ne choquera personne, n'offensera aucun regard, respectera les interdits en ces jours de plus en plus brûlants. Pas si fréquent! C'est la magie d'une exposition réussie que de réunir les plus grands tableaux d'un génie et de les faire revivre, comme si ils étaient là-bas, à Tahiti, en train de naître.

 

«Paul Gauguin», jusqu'au 28 juin 2015 à la Fondation Beyeler de Riehen, à côté de Bâle. Le catalogue existe en français, en anglais et en allemand

 
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