Culture

 Dans une interview accordée au quotidien France-Antilles, Patrick CHAMOISEAU revient sur l'épineuse question de l'identité nationale. Un sujet qui a fait l'objet d'un  essai  co-signé avec Edouard GLISSANT : "Quand les murs tombent"

 

 

Patrick CHAMOISEAU

 

SE DEGAGER

 

 

 

 

Rudy RABATHALY (F.A.) - Vous venez de publier un roman qui s’intitule « Un dimanche au cachot », et, avec Édouard Glissant, un opuscule intitulé « Quand les murs tombent. L’identité nationale Hors la loi ? » Ce dernier titre est symbolique et laisse à penser que, selon vous, sur la question de l’identité nationale, l’État et son gouvernement foncent tout droit dans le mur ?

Patrick Chamoiseau – En fait ces deux ouvrages parlent du même thème : l’identité. Et il me semble que si la question identitaire a toujours été lancinante chez nous, notamment en littérature, elle le devient de plus en plus pour tous les individus et les peuples du monde. Quand on voit qu’en plein 21ème siècle, sur la terre des « Droits de l’Homme », un gouvernement démocratique crée un « ministère de l’identité » et que ce même ministère est chargé de réprimer toute immigration, de dresser un mur entre

la France et les peuples non européens, on se dit qu’il y a là une régression majeure et que cette régression est liée à un obscurcissement de la notion d’identité. La vente de cet opuscule servira à aider les associations de sans-papiers.

F.A. – En quoi est-ce une régression ?

P.C. - Créer un ministère de l’identité nationale, c’est considérer que l’identité, individuelle ou collective, relèverait d’une essence intangible, d’un pur trésor fixe qu’il faudrait préserver de toute contamination, surtout de celles qui proviendraient d’Afrique ou des terres non  occidentales. Pour bien comprendre l’aberration de cette création (qui n’a pas beaucoup ému les intellectuels français), il suffit de voir ce qui s’est produit quelques temps après. On commence à boucler des quartiers entiers, et comme aux pires époques à opérer de véritable « rafles » sur tous les immigrés, on impose aux préfets des objectifs pré-chiffrés qu’ils doivent atteindre coûte que coûte, on traque des enfants et des vieillards, on précipite dans la terreur des centaines de familles dont certains membres se jettent par des fenêtres… Et pour couronner le tout, on a recours à des tests ADN d’une manière qui relève de la purification ethnique par le biais des gênes… Accepter qu’un ministère s’occupe de l’identité nationale c’est rentrer poings et mains liés dans cette logique là…

F.A. - Comment définiriez vous l’identité, individuelle ou nationale ?

P.C. - L’identité n’apparaît que lorsque l’on est confronté à « l’Autre ». Quand je dis « l’Autre », je ne parle pas seulement d’un étranger, d’une personne différente de moi qui parlerait une autre langue, qui aurait une autre couleur de peau, un autre dieu, une autre musique… « L’Autre », doit se concevoir au sens où l’entendait Derrida, c’est à dire : ce qui advient, ce qui survient, c’est l’imprévisible, l’imprédictible, c’est l’inconnaissable, l’incalculable, c’est l’impensable… « L’Autre » c’est un évènement au sens le plus complet du terme…

F.A. - Et cet « évènement » suscite l’identité ? P.C. - Quand on est confronté à «l’Autre », la question n’est seulement de savoir Qui je suis ?, mais de savoir : Qu’est-ce que je peux devenir en face de cela, qu’est-ce que je peux faire de cet évènement, comment l’appréhender au mieux ?  L’esclavage aux Amériques a été un deshumain grandiose, un événement définitivement impensable, un « Autre » démesuré que j’explore dans le roman « Un dimanche au cachot ». L’esclavage de type américain est un « Autre » qui a modifié l’idée même que l’on pouvait se faire jusqu’alors de l’identité et qui, dans ses résultantes, a exacerbé sa face souple, relationnelle, protéiforme et fluide…

F.A.- L’identité créole ?

P.C. – Exact. Nous, créoles américains, nous savons mieux que tout autre, que l’identité n’est pas une essence fixe mais un appareillage relationnel, sensible, intime, culturel et symbolique, qui me permet de vivre au mieux, d’exister au mieux, et de tirer richesse de l’évènement qu’est « l’Autre ». Chaque rencontre avec un « Autre » modifie, augmente, impressionne, cet appareillage intime, culturel et symbolique… On comprend donc que l’identité me permet de vivre au plus intense, d’exister vraiment, de m’épanouir vraiment…

F.A.- L’identité comme outil d’existence ?

P.C. – Tout à fait. Celui qui ne disposerait pas de cet appareillage, ou qui essaierait de le figer ou de l’administrer, ou de l’enfermer derrière un mur ou derrière un ministère, se mettrait à vivre d’une sorte minérale ou végétative, ou pire : à la manière des nazis et des racistes purificateurs… On n’existe que dans son rapport à « l’Autre », étant bien entendu que « l’Autre » peut aussi être soi-même, le mystère infini de soi-même auquel on est confronté à mesure que la conscience et la connaissance que l’on a de soi s’amplifient…

F.A. - Le concept d’État-nation est à dépasser en Occident ou sur la totalité du monde ?

P.C. - Il est déjà dépassé. Les capitalistes financiers ne se connaissent plus de race, de peau, de drapeau ou de nation. Ils ont trente ans d’avance en matière d’emprise sur la totalité-monde, et leurs exactions libérales sont désormais hors d’atteinte des législations nationales. Un capitaliste libéral japonais, ou un français, ou un indien ou un martiniquais, sont identiques dans leur imaginaire. Dans la finance, il n’y a plus d’occidentaux ou de non occidentaux, il n’y a que des logiques d’exploitation et de profit qui sont devenues le moteur virulent de la mondialisation. Il nous faut des institutions progressistes meta-nationales, voire mondiales, pour tenter de réinstaller un cadre de progrès humain opposable à ces nouveaux monstres dans tous les coins du monde…

F.A. – Et pour

la Martinique , Guadeloupe ou Guyane ?

P.C. -

La Martinique , comme la Guadeloupe ou la Guyane , est une nation naturelle, une nation sans État. Mais nous devons réfléchir tout de suite à cette dimension meta-nationale pour dessiner les contours que devra prendre notre nécessaire souveraineté… C’est difficile à penser. Ça  l’est déjà pour les nations qui disposent d’un Etat, ça l’est aussi pour les nations qui n’en disposent pas encore… mais la difficulté n’est pas la même : du fait de l’absence de tradition étatique, nous serons sans doute plus libres pour élaborer des gouvernances inédites…

F.A. - Quelle serait la meilleure parade à la régulation de l’immigration en France, en Guyane, en Guadeloupe ou en Martinique ?

P.C. - Il faut distinguer deux domaines : celui de « l‘action politique » et celui des « valeurs ». L’action politique se doit d’être réaliste, pragmatique, proche des préoccupations quotidiennes de citoyens. Et c’est vrai que certaines personnes en Guyane, Guadeloupe ou Martinique, ou en France, rencontrent des difficultés et des problèmes réels ou imaginaires en face des phénomènes migratoires. Une action politique doit en tenir compte mais en se soumettant à des principes et des valeurs, non pas en les bafouant.

La France à une image mondiale, c’est celle des Droits de l’Homme, c’est celle de la liberté élevée à sa plus haute exigence, et elle bafoue ce visage pour des calculs politiciens...

F.A. - Que faudrait-il faire ?

P.C. - Agir mais en n’oubliant pas que tout immigré est une chance offerte, une richesse qui survient, que tout individu, toute nation ne peut tirer son épanouissement que dans son ouverture au monde. En n’oubliant pas aussi que les flux migratoires proviennent des exploitations et des misères mises en oeuvre ou provoquées par les pays riches et les pratiques libérales, et que la maigreur de l’un provient de l’obésité de l’autre, et vice versa, et qu’aucune obésité ne peut se maintenir longtemps dans un tel océan de maigreurs… Si on agit avec cette conscience juste et ces valeurs cela changerait complètement l’action politique en matière d’immigration…

F.A. - Et pour

la Martinique  ?

P.C. - En ce qui concerne

la Martinique , je pense par exemple, que les descendants d’Amérindiens sont des citoyens de droit de notre pays, comme ils devraient l’être pour tous les pays de la Caraïbe. Je pense aussi que tous nos plans de développement ou d’épanouissement ne peuvent s’envisager que dans le co-développement, an Larond fos, avec nos voisins immédiats, de Sainte Lucie, Dominique, Haïti.. etc. Il faut dès à présent les regarder non pas en se disant « Qu’est-ce que nous pouvons leur apporter ? », mais « Qu’est-ce qu’ils peuvent nous apporter ?». Cette inversion de l’approche est déterminante. Celui qui croit tout apporter ne peut rien recevoir. Et dans la perspective d’un développement écologique ce qu’ils peuvent nous apporter est immense à tous points de vue… 

 

F.A. - L’identité-relationnelle peut-elle se concevoir sur des bases d’échanges inégaux (pays développés, pays sous-développés, peuples riches, peuples pauvres…) ?

P.C. - La relation véritable à l’Autre engendre naturellement justice, équilibre, équité, conscience que ce que je suis dépend de ce qu’est l’autre, que la richesse de l’autre est la mienne, et que la mienne passe par la sienne… La difficulté c’est que nous sommes devenus des peuples d’individus en face de la totalité-monde. Les emprises communautaires, la face collective de l’identité, ne sont plus aussi contraignantes qu’avant. Chacun peut construire sa vie, sa sexualité, sa famille, son rapport aux femmes, choisir sa terre natale, sa langue, sa musique, selon une échelle de valeurs et de principes, qu’il doit élaborer lui-même sur la base des valeurs générales communément admises….

F.A. - Lesquelles ?

P.C. - Démocratie, non ingérence, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, égalité homme femme, respect de l’enfance, primat de

la Raison , nécessité du symbolique, réinscription de l’Homme dans la chaîne transversale du vivant… etc, etc.… Ces valeurs sont laïques et elles ont dépassé les cadres moraux, nationaux ou ethniques…

F.A. - Une sorte d’humanisme mondialisé ?

P.C. - Disons que ces valeurs relèvent non pas d’un « humanisme » (car l’homme n’est pas l’aboutissement du vivant, ni le centre) mais d’une « juste conscience ». Ce qui fait que les nouvelles fraternités, se construisent non pas selon les vieux critères communautaires (la même peau, la même terre natale, la même langue ou le même dieu) mais selon des structures d’imaginaire. Mme Condoleeza Rice est noire mais elle n’a rien à voir avec M. Mandela ni avec M. Césaire, elle est identique à Bush. Du point de vue de l’imaginaire, Mme Rachida Dati c’est avant tout un clone de M. Sarkozy… Si le capitalisme libéral financier est aujourd’hui puissant et sans rival c’est parce qu’il s’est dépris des vieilles identité closes et de leurs oripeaux. Il est la seule idéologie politico-économique qui s’adresse non pas à des peuples mais à des individus. La seule idéologie qui sait s’adresser à des individus et agir sur les échelles de valeurs qu’ils se construisent. Socialismes et communismes, dans leurs mises en oeuvre actuelles, s’adressent encore hélas à des peuples compacts, des imaginaires de groupe, des classes sociales homogènes... Le champ de bataille est désormais dans l’imaginaire, il nous faut changer les imaginaires, retrouver par ce changement les nouvelles bases du progrès social, du développement juste, de la fraternité et de la solidarité nouvelles… Un nouvel imaginaire peut aussi nous permettre de relire Marx autrement…

F.A. - Le terrorisme ou encore les intégrismes participent-ils des fameux murs identitaires ?

P.C. - L’intégrisme relève du mur identitaire. Il dresse un mur pour lutter contre la domination occidentale, et il s’étouffe ainsi. Les murs étouffent d’abord ceux qui les dressent. Le terrorisme est une forme de résistance sans espoir et sans moyens, un désespoir orgueilleux qui ne comprend plus les forces agissantes dans le monde, et qui réagit de manière brutale et aveugle. Et tous commettent une erreur. L’ennemi ce n’est plus l’Occident, c’est la brouillasse des capitalistes financiers sans nation, sans terre, sans drapeau, sans visages, et qui s’entendent entre eux. C’est cela qui standardise les peuples, qui les transforme en troupeaux de consommateurs, c’est par là que toutes les modélisations s’imposent. L’idée du « choc des civilisations » est une absurdité qui ne sert qu’à cacher le lieu du vrai combat. Dans les masses financières qui régentent la vie du monde, il a y de l’arabe, du japonais, du chinois, toutes sortes d’avidités invisibles qui ne sont pas occidentales, et celles qui proviennent d‘occident n’ont plus besoin de cette origine pour s’étendre et fructifier…

F.A. - Quasiment tous les mouvements anticolonialistes se sont construits autour d’une identité racine. Les Antilles françaises poursuivent encore aujourd’hui dans cette voie et vous dites qu’elle est bouchée…

P.C. - Parce que dans les luttes anticolonialistes classiques, il existait un « avant » le colonisateur. Toutes les décolonisations ont mobilisé la langue, les traditions, la culture d’avant l’arrivée du colonisateur pour organiser leur résistance. Le problème c’est que nous, créoles américains, sommes nés dans la colonisation. Ce qu’il y avait avant, les sociétés amérindiennes, a été démembré. Ce qui fait que le colonisateur est dans notre langue, dans nos gênes, dans nos traditions, dans notre musique, dans notre imaginaire... Nous relevons d’emblée d’une identité relationnelle inédite… Difficile de trouver comment résister avec cela. Devant une telle difficulté, Fanon lui-même a préféré endosser un autre combat…

F.A. - Que faire alors ?

P.C. - Nous devons inventer de nouvelles formes, non de « résistance » qui est l’affaire du simple rebelle, mais « d’existence totale » qui est l’affaire du Guerrier. Notre peuple composite doit trouver des solidarités neuves pour relier les individus-à-imaginaire-mosaïque qui le composent. Il doit aussi s’efforcer d’entrer d’une manière inédite dans un monde qui change et qui va encore changer à grande vitesse. Nous ne devons renoncer à aucune liberté, à commencer par la nôtre. Je suis et resterai indépendantiste, mais j’appelle indépendance « la maîtrise des interdépendances qui nous seront nécessaires ». Cela change tout. L’imaginaire relationnel m’a appris qu’il nous faut non pas rompre des liens, mais les transformer en véritables flux relationnels, en construire un maximum, les multiplier, les démultiplier, se libérer ainsi dans

la Relation vive… C’est une autre manière de penser l’indépendance... Une manière de Guerrier.

F.A. - Vous rangez l’indépendance nationale au chapitre des utopies ?

P.C. - Non, ce n’est pas une utopie. Les décolonisations des années 50 ont fait disparaître les administrations coloniales mais pas l’esprit colonial. Et nous avons à lutter non pas contre le colonisateur qu’ont connu les africains, les algériens ou les vietnamiens,  mais contre « un esprit colonial » qui peut subsister dans la bienveillance, la gentillesse, le tutoiement, l’assistance, l’aide, le paternalisme, la reconnaissance linguistique ou culturelle… Le sigle « DOM-TOM » c’est l’esprit colonial. Penser que

la Martinique peut se développer sans responsabilité, ne pas placer la responsabilité collective qui illumine les responsabilités individuelles, en dynamique de toute politique de développement, est un des symptômes de l’esprit colonial. Revendiquer la responsabilité pour les martiniquais, des espaces de souveraineté ou même la souveraineté pleine et entière, n’est pas une utopie, c’est une nécessité élémentaire qui ne peut affoler que les étroitesses de  l’esprit colonial. L’utopie c’est autre chose…

 

F.A - C’est quoi ?

P. C. - C’est ce que le réel ne peut plus imaginer. J’imagine très bien notre souveraineté...

 

F.A. - Aprézan, comme vous l’avez dit après Dean, n’est pas seulement une affaire martiniquaise…

P.C. - C’est l’affaire de tous. Le monde va connaître des mutations majeures, des pandémies imprévisibles et imparables, des tourmentes climatiques, et un choc biologique jamais connu auparavant dans la disparition accélérée de la biodiversité. Il faut désormais tout repenser, et l’affaire du chlordécone n’a qu’une vertu : c’est de démontrer que si les martiniquais continuent de déléguer à d’autres qu’eux-mêmes, leur santé, leur survie, leur pensée, leur développement, et la lutte qu’il auront à mener contre les destructions naturelles massives à venir, ils connaîtront de vastes désillusions... Il nous faut prendre la main.

F.A. - Le maire de Fort-de-France, Serge Letchimy, revendique un statut écologique dérogatoire. N’est-il pas temps de penser notre développement autrement que par dérogation ?

P.C. - Je préfère déroger à l’assistanat, à la dépendance et à l’irresponsabilité, plutôt que de m’y adapter. Déroger, c’est : ne pas se conformer, prendre l’écart. C’est aussi porter atteinte, et c’est de toute manière aller en extension. Je suis indépendantiste mais je ne cracherai pas sur l’autonomie. Et je ne crache pas non plus sur la moindre extension qui me permettrait de m’occuper moi-même d’une part de mon épanouissement, de ma sauvegarde, ou de ma projection au monde. Il faut tout faire pour ne pas laisser apparaître et s’installer une écologie assimilationniste

 

F.A. - Qu’est-ce que vous appelez « écologie assimilationniste » ? 

 P.C. – Une pratique écologique vertueuse qui ne ferait que nous installer dans plus de dépendance et d’assistanat. Si la conscience écologique qui s’élargit aujourd’hui chez nous peut être mise au service d’une conscience nationale comme le propose M. Letchimy, je dis que c’est tant mieux. M. Garcin Malsa dans « 

La Mutation Martinique  » parlait de « souveraineté optimale », ce qui veut dire : conquérir pas à pas le maximum d’espaces de souveraineté possibles compte tenu du degré de conscience des martiniquais… L’approche est imparable. Attendre le grand soir, la grande liberté totale et majestueuse, est une forme de renoncement à la liberté, un immobilisme suspect que beaucoup d’indépendantistes purs et durs pratiquent de manière confortable. En revanche, aller, bay douvan pas à pas, conquérir des espaces, dégager, « se dégager » au sens créole de dégajé, aller de libertés en libertés et se construire avec, est absolument recevable…

 

F.A. - Vous êtes inscrit au PPM ?

P.C. - Non, je suis indépendantiste, mais je suis martiniquais. Pour moi, M. Letchimy  a une bonne idée, et c’est en tant qu’indépendantiste que je soutiens une idée qui s’efforce de définir du « libre » dans une nécessité incontournable… Et l’apport de cette idée par rapport au Schéma Régional de Développement ou l’Agenda 21 du Conseil général, c’est que la responsabilité est posée comme principe de la sauvegarde et du développement, ce n’est pas simplement une annexe… De plus, ces trois projets sont absolument compatibles et complémentaires. On verra s’il existe suffisamment de maturité politique dans ce pays pour qu’une union sacrée se fasse autour de ces trois perspectives…Les martiniquais devraient d’ailleurs l’exiger… Quand on vous soumet une idée de développement, cherchez la dose de « libre », la dose de dégajé qu’il y a dedans, et s’il y en a pas ou peu, c’est qu’elle n’est pas pertinente... Un dégagé juridique comme ce que propose M. Letchimy nous permettrait de mettre en œuvre tous les axes classiques de développement tout en réglant nos mapians : espaces de souveraineté, assemblée unique, pouvoir législatif, protection de nos sols, contrôle de nos emplois, capacité à entrer en relation directe avec la caraïbe… et tout cela sur fond de crise écologique, donc de danger qui aiguise les imaginations et fait croître ce qui sauve… Je travaille avec lui sur cette idée. Il nous faut tous la fréquenter, l’amplifier au maximum en relation avec les autres projets …Vous pouvez être des nôtres.

F.A. - Votre réflexion après Dean vous a valu les foudres de guerre de certains intellectuels. Là aussi, vous ne pensez pas que l’on va dans le mur ?…

P.C. - Je n’ai pas vu de foudres, je n’ai vu là que deux souffrances pathétiques. Il vaut mieux laisser cela à la psychanalyse.

 Propos recueillis par Rudy Rabathaly.

 

 

 

 

Ecologie

 EDF falsifie une convention pour implanter un pylône électrique chez un particulier!

 24 Juin 1981, les services d’EDF signent une Convention avec la famille REMILIEN propriétaire d’un terrain au quartier Godinot sur le territoire communal du Carbet. Démarche classique en pareille circonstance pour l’établissement d’ouvrages de transport et de distribution d’électricité. L’ennui c’est que les propriétaires ne sont pas du tout d’accord avec l’implantation de ce pylône électrique qui dévalue son terrain et refusent toute transaction avec EDF. Les REMILIEN s’opposent à l’implantation du pylône électrique sur leur propriété.


Ecologie
C’est un peu une surprise, ce matin, lors de la table ronde consacrée aux questions agricoles, Jean-Louis Borloo a affirmé que la France allait s’engager à réduire de 50 % son utilisation de pesticides. Les réactions ne se sont pas fait attendre, le collectif d’associations, l’Alliance pour la planète, félicite vivement le ministre pour son engagement, tandis que le MDRGF (1) se félicite que '…le gouvernement prenne enfin des mesures fortes sur ce sujet si sensible'.  Dans un pays comme la France, premier consommateur européen de pesticides et 3e mondial, un tel engagement n’était pas acquis, d’autant que des organismes aussi influents que la FNSEA (premier syndicat agricole), l’UIPP (le syndicat des industriels de la 'protection des cultures' via l’utilisation de pesticides) ou même le ministère de l’agriculture ont toujours été traditionnellement opposés à ce type de mesures.

Ecologie




CHLORDÉCONE 12 mesures urgentes pour gérer la sortie de crise

 


Conscients
des enjeux de la situation, malgré le remue-ménage provoqué au sein
même de l’administration étatique et de multiples pressions, nous
n’avons pas transigé sur cette affaire. En aucun cas, nous ne pouvions
déroger aux principes ni renier les valeurs qui nous ont conduit à
écrire cet ouvrage.

Contraints
et forcés de nous justifier, y compris sur le titre et le sous-titre de
l’ouvrage, nous avons essuyé les pires critiques,  des plus constructives aux plus stupides, des plus mesquines aux plus stériles...

 

 

 

 

 

« NON, MAIS IL SE PREND POUR QUI CE LOZES ? »

                                                       par Raphaël Confiant

    Dans l’édition du quotidien « France-Antilles » en date du vendredi 19 octobre, je découvre, non sans stupéfaction, une interview du sieur Lozès, président autoproclamé  « des Noirs de France » (sic) dans laquelle on peut lire ceci :

    « J’appelle tout le monde, y compris M. Confiant, à faire de la Martinique un territoire écologiquement propre. »

    De quel droit ce monsieur se permet-il de lancer cet appel aux Martiniquais et à moi en particulier ? A-t-il jamais vécu dans notre pays ? A-t-il jamais une seule fois, au cours des dix ou vingt dernières années, jamais pris position sur un seul problème concernant la Martinique ou les Antilles ?

    Je n’ai ni conseil ni leçon à recevoir, pas plus en matière d’écologie que dans d’autres domaines, d’individus qui utilisent la couleur de leur peau pour obtenir des positions de pouvoir dans l’appareil sarkozien, et cela quand bien même, comme c’est présentement le cas, ils n’ont aucune qualification pour occuper lesdites positions. Que M. Lozès joue la carte du « noirisme » en France, c’est son problème ! Qu’il accepte une « mission sur les minorités visibles » qui y vivent, c’est son droit le plus absolu ! Mais il n’a pas à s’occuper des problèmes de la Martinique qui sont du ressort des seuls Martiniquais, de ses travailleurs, de ses hommes politiques, de ses intellectuels ou de ses militants associatifs.

    Pendant 30 ans, les différents gouvernements de Droite, de Gauche et de cohabitation ont sciemment caché au peuple martiniquais que nos sols, nos rivières, nos nappes phréatiques  et nos rivages étaient massivement contaminés par l’usage délirant de tout un cocktail de pesticides (plus de 100 !) utilisés dans les bananeraies. Alors même que les propres services déconcentrés de l’Etat en Martinique conduisaient des enquêtes scientifiques aux termes desquelles ils aboutissaient  toujours aux mêmes conclusions, à savoir que nous subissions un empoisonnement massif, un vaste silence, un silence organisé, s’est installé autour de cette question. Silence dont notre peuple paie aujourd’hui dramatiquement les conséquences : explosion du taux de cancers, développement inquiétant des maladies d’Alzheimer et de Parkinson, infertilité féminine et masculine croissante, malformations congénitales etc…

    Pour avoir milité depuis près de vingt-cinq ans sur le terrain, aux côtés de Pierre Davidas, de l’ASSAUPASSU devenue l’ASSAUPAMAR, puis aujourd’hui de l’association « Ecologie urbaine », dirigée par Louis Boutrin, j’ai été de tous les combats écologiques de ce pays. A l’époque, les beaux esprits et autres « gran-grek » locaux se riaient de nous et traitaient Davidas d’affabulateur ou de dérangé mental.  Au cours des deux dernières années, L. Boutrin et moi-même, nous nous sommes décidés à briser l’omertà autour du scandale du chlordécone. Car tous les responsables savaient que les associations écologistes avaient raison, mais ils maintenaient une véritable chape de plomb sur l’information avec la complicité, hélas, des principaux médias martiniquais.  Pendant deux ans, nous avons traduit différents articles scientifiques publiés aux Etats-Unis suite à l’explosion de la seule usine qui fabriquait le chlordécone, en Virginie, ainsi que les publications de l’ « American Cancer Institute », le plus grand centre de cancérologie mondiale. Nous les avons ensuite confrontés aux études menées par les services de l’Etat français en Martiniquais. Tous aboutissaient à la même conclusion irréfutable : le chlordécone n’est rien d’autre qu’un poison. Ce qui poussa les Etats-Unis à interdire ce pesticide dès 1979 alors que la France n’a pris la même décision qu’en…1993.

    Cette décision tardive, presque contrainte et forcée face à la levée de boucliers des écologistes, n’est rien d’autre qu’un crime contre l’humanité qui participe du processus génocidaire enclenché dans notre pays depuis trois décennies par les différents gouvernements français. C’est ce crime que Louis Boutrin et moi avons dénoncé dans notre ouvrage, « Chronique d’un empoisonnement annoncé », paru chez L’Harmattan en février 2007. En mars 2007, grâce à Alfred Marie-Jeanne, président du Conseil Régional de la Martinique, nous obtenions une salle à l’Assemblée Nationale française, où, avec l’aide de Patrick Karam et du Collectif-Dom, nous avons organisé une conférence de presse, conférence à laquelle prirent par le député « Vert » Alain Lipietz et l’ex-ministre de l’Ecologie, Corinne Lepage. Bien que présente, la presse française n’en a pipé mot ni dans ses journaux ni dans ses radios ni dans ses télés. Et il a fallu attendre 8 mois pour que l’affaire éclate ! Quand, en septembre dernier, le cancérologue Dominique Belpomme, tapa du poing sur la table.

    Pendant ces 8 mois, nous n’avons jamais entendu parler ni du sieur Lozès ni de son CRAN. Jamais ! A l’époque, ce monsieur n’invitait pas encore les Martiniquais à « faire de la Martinique un territoire écologiquement propre ». Farceur, va ! Opportuniste ! Mieux : à peu près à la même période, le vice-président du CRAN (non mais ils sont tous président ou vice-président de quelque chose, ces gens-là !), le dénommé Georges Tin, d’origine martiniquaise et par ailleurs président des « homosexuels de France » (sic), participa à une émission de « France-Culture » qui se voulut un véritable lynchage médiatique de ma personne au motif que je serais antisémite. Ces imprécateurs ne savaient même pas que bien que payant la redevance comme tous les citoyens français, les Martiniquais ne sont pas jugés dignes de recevoir cette chaine culturelle (seul « Télé-foot » leur convient apparemment) et n’ont donc rien su de cette « vakabonnajri ». C’est dire comme ces messieurs du CRAN connaissent bien notre pays !

    Nous n’avons que faire de M. Lozès et de sa pseudo-mission. Nous n’avons que faire de ses conseils ou de ses invites à transformer notre pays en ceci ou cela. Et personnellement en tant que Créole, et donc descendant d’esclave, je n’ai aucune leçon à recevoir ni de descendant d’Africain ni de descendant de Hongrois. Je suis un survivant. Nous, Martiniquais, sommes des survivants et nous n’avons plus rien à perdre. Sauf le pays et la culture que nos ancêtres ont douloureusement bâtis pendant trois siècles sous le joug et les fers. Ceux dont les pères n’ont jamais été esclaves, ceux dont les pères furent, dans certains cas, soit des esclavagistes soit des complices passifs ou actifs de l’esclavagisme, n’ont rigoureusement aucun droit de chercher à gouverner nos existences. Nous, Martiniquais, sommes les seuls à être habilités à dire ce qui est bon ou n’est pas bon pour nous.

    Car moi aussi, si j’étais méchant (et je le suis ! Ce qui fait que je n’en ai strictement rien à cirer des attaques de tous bords), je pourrais donner un conseil à ce monsieur Lozès d’origine béninoise. Je pourrais lui dire par exemple :

    « Je vous invite à faire du Bénin, l’un des pays les plus pauvres du monde, un territoire économiquement développé. »  

    Mais il est vrai que pour un « Banania », il vaut mieux être confortablement installé en France, lécher les bottes des colonialistes afin d’obtenir des strapontins, au lieu de se coltiner la difficile tâche d’apporter ses compétences et son savoir-faire à ses compatriotes africains pour tenter de bâtir cette Afrique fière et digne que les Nyobé, Amilcar Cabral, Sankara et Nyéréré appelaient de leur voeux.

   La seule Afrique dont moi, en tant que lointain descendant d’Africain, je pourrais être fier. Tout comme un Indien martiniquais d’aujourd’hui est fier de l’Inde ou un Chinois martiniquais est fier de la Chine.

Raphaël CONFIANT

 

 

 

 

 

 

 

 

Chlordécone : NON monsieur BORLOO !

par Louis BOUTRIN et Raphaël CONFIANT

Lettre ouverte au Ministre de l’Ecologie

 suite au « Grenelle de l’Environnement » et à la nomination de Patrick Lozes, Président du CRAN, à la tête d’une mission Chlordécone en Martinique.

            La Martinique et la Guadeloupe, stupéfaites, viennent d’apprendre la nomination d’un homme installé en France depuis de très longues années à la tête d’une mission sur la question de l’empoisonnement de nos pays par les pesticides, notamment le Chlordécone. Cette personne n’entretient, ni de près ni de loin, le moindre lien avec le mouvement écologiste antillais, ne vit pas sur place et ne connaît pas les problèmes concrets auxquels nous sommes confrontés. On nous dit qu’elle « auditionnera » les associations et les organisations agricoles afin de rédiger un rapport au ministre de l’écologie. Nous affirmons d’ores et déjà que nous refusons de rencontrer quelqu’un qui n’a rigoureusement aucune expérience voire aucune compétence pour traiter du problème concerné.

  Nous en profitons pour nous élever contre cette méthode de gouverner qui consiste à distribuer des prébendes à des lobbies sous forme de nominations à la tête de commissions-prétexte. La Martinique et la Guadeloupe vivent un véritable drame écologique et sanitaire, drame dénoncé depuis trois décennies par tous ceux que préoccupe le devenir de ces pays, et il est insupportable que ce drame soit traité avec la désinvolture dont fait preuve le ministère de l’écologie.

   Déjà, les principales associations écologiques antillaises n’ont pas été conviées à préparer le « Grenelle de l’environnement ». Il est vrai qu’il n’avait pas été prévu de réfléchir aux problèmes de l’Outre-Mer. Mais face à la médiatisation brutale de la question du Chlordécone dans les grands organes de presse hexagonaux, le ministère a, en catastrophe, improvisé un « Grenelle de l’environnement pour l’Outre-Mer » à l’île de la Réunion. Puis, réalisant qu’il était trop tard pour y rassembler les représentants « domiens », il s’est rabattu sur la mise sur pied d’un « Grenelle » pour chaque département et territoire d’Outre-mer !

     De tels cafouillages frisent l’incompétence et le mépris tout à la fois. D’autant que s’agissant du « Grenelle » organisé en Martinique le mercredi 17 octobre, personne n’a pris contact avec notre association, « Pour une Ecologie urbaine », pourtant agréée au titre de la protection de l’environnement. Personne n’a jugé bon non plus de solliciter l’intervention des auteurs de « Chronique d’un empoisonnement annoncé ». Pire : parmi les six points à l’ordre du jour de ce « Grenelle » improvisé à la hâte ne figure rien sur la question des pesticides et du Chlordécone qui sont pourtant la préoccupation première des Martiniquais depuis près d’un an. Un récent sondage révèle que 80% des Guadeloupéens se déclarent inquiets par rapport à la crise écologique et sanitaire du Chlordécone. Tout cela est donc complètement surréaliste !    La nomination d’un missionnaire déconnecté des réalités antillaises et l’improvisation de « Grenelle » de l’Outre-Mer revient également à bafouer les règles les plus élémentaires de la démocratie puisque les représentants du peuple, à savoir les élus et parlementaires, sont écartés ou mis devant le fait accomplis. Loin d’être associés à la réflexion sur les pesticides, ceux qui possèdent la légitimité des urnes se voient relégués au rang de figurants, tandis que les écologistes de terrain et les autres associatifs sont tout simplement ignorés. Tout ceci est inadmissible. Inqualifiable même. On se moque des peuples martiniquais et guadeloupéens.

Pour notre part, nous avons, depuis la sortie de notre ouvrage en février 2007, travaillé aux propositions que l’on pourrait faire afin de sortir de la crise actuelle. Nos 12 mesures urgentes pour une gestion de sortie de crise, remises au Président du Conseil Régional de Martinique le 15 octobre dernier, seront bientôt dévoilées au grand public.

  La santé de nos populations passe avant toute considération politique, économique ou financière.

 

 

 

 

 

 

 

Martinique, le 17 octobre 2007

Louis BOUTRIN – Raphaël CONFIANT*

                                                                                  * Président et membre de  l’association « Pour une Ecologie Urbaine »

 *Auteurs du livre « Chronique d’un empoisonnement annoncé – le Scandale du Chlordécone aux Antilles françaises – 1972-2002. Editions L’Harmattan - 2007     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les dossiers

Le marché de l'eau, 

une affaire juteuse                                

Avec 32 % du marché mondial de l’eau pour Veolia (exVivendi environnement exGénérale des Eaux) et 23 % pour SuezLyonnaise des Eaux, les deux géants français se partagent le marché mondial de l’eau, loin devant le Britannique Thames Water et la Saur (Bouygues) qui capte 5%. A elles seules, les sociétés françaises détiennent 60 % du marché de l’eau de la planète et ne cessent de remporter des contrats internationaux : 130 pays couverts par SuezLyonnaise des Eaux contre 110 pour Veolia. Très peu de pays ou de grandes capitales échappent aux deux mastodontes français. Après Mexico, Miami, Caracas, Sydney, Berlin, Prague, Buenos Aires, Puerto Rico, Manille, c’est au tour de la Chine où Veolia (ex-Vivendi) a décroché en 2004 un marché faramineux de 10 milliards d’euros pour la ville de Shanghai. Une première percée dans la muraille de Chine qui laisse augurer des perspectives plus florissantes après  l’entrée de ce pays dans l’OMC et l’attribution des Jeux Olympiques à la ville de Pékin.

 

 

Les dossiers

 L’eau hors de prix ?

par Louis BOUTRIN 

Le prix de l'eau est souvent source de contestation chez des abonnés qui ont du mal à admettre le coût actuel et les augmentations successives d'une ressource naturelle … qui ne fait que tomber du ciel !

 
L'absence de transparence par le passé des collectivités organisatrices et des entreprises délégataires ainsi que les différents scandales autour de la passation de marchés publics expliquent en partie cette perte de confiance des abonnés. Pourtant,  il n'est pas si loin le temps où il fallait aller chercher l'eau à la fontaine ou à la petite mare de campagne. Aujourd'hui, l'eau potable à domicile, à toute heure, quel que soit son quartier, l'étage où l'on habite c'est ce bien-être quotidien apporté aux abonnés de Guadeloupe et de Martinique.

 

En tant que médecin, je suis soumis au serment d’Hippocrate, et donc à un devoir de prévention des maladies et d’information du public. C’est dans cet esprit que j’ai coordonné le Rapport d’expertise et d’audit externe concernant la pollution par les pesticides en Martinique

Après la récente polémique qui a eu lieu autour de ce rapport – dont le contenu est resté totalement inchangé depuis sa parution en juin 2007 –, certains prétendent que je serais revenu sur mes déclarations initiales en expliquant qu’il n’existe pas de lien scientifiquement établi entre le chlordécone et le cancer de la prostate. Or, mon discours est toujours resté constant, même si on peut regretter que des raccourcis malheureux aient pu laisser faire croire le contraire.

En page 38, le rapport s’interroge en effet sur la pertinence de l’étude épidémiologique Karu-prostate, qui a pour objectif de montrer s’il existe ou non un lien associatif entre une contamination par le chlordécone et l’apparition des cancers de la prostate en Guadeloupe : « Pourquoi s’être fixé comme seule cause possible aux cancers de la prostate, le chlordécone, alors que la cartographie réalisée en Martinique montre qu’il n’existe aucune relation géographique entre le zonage de la pollution par le chlordécone (très intense dans la partie Nord-Est de l’île), et l’incidence élevée des cancers de la prostate (surtout décelés dans le Sud), autrement dit, que les cancers de la prostate sont plus fréquents dans des régions qui n’apparaissent pas être particulièrement polluées par le chlordécone ? »

Des études toxicologiques ont démontré le caractère CMR (cancérigène, mutagène et/ou reprotoxique) du chlordécone, qui est très fortement suspecté d’être impliqué notamment dans l’apparition de myélomes (leucémie des os) dans le Nord de la Martinique. Mais en ce qui concerne les cancers de la prostate, il serait nécessaire d’étudier au moins une quinzaine d’autres pesticides et leurs métabolites pour comprendre pourquoi les Antilles sont si lourdement touchées : la Guadeloupe est le territoire où l’incidence de ces cancers est la plus élevée dans le monde, alors que l’incidence est de même très élevée pour la Martinique, mais on ne peut savoir ce qui en est aujourd’hui faute de mise à jour du registre des cancers depuis 2000.

En ce sens, l’ARTAC a soumis aux différentes instances locales concernées et va soumettre aux pouvoirs publics nationaux une proposition de programme de recherche chiffrée, visant à réaliser une étude de biomonitoring portant sur les tissus adipeux et des dosages sanguins des personnes touchées par le cancer de la prostate ou du sein, qui seront mis en parallèle avec les résultats obtenus à partir de personnes témoins. En outre, des études de toxicogénomique devraient permettre de mieux connaître l’impact de différents pesticides sur les gènes humains, et en particulier de vérifier s’il existe un lien de causalité entre la contamination par le chlordécone et l’augmentation de fréquence des myélomes en Martinique.

Les subventions attendues pour la réalisation de ces études permettraient de rémunérer les différentes équipes de recherche impliquées, notamment les laboratoires spécialisés dans ce type d’analyses. Notre objectif est avant tout d’apporter des réponses scientifiques permettant d’expliquer l’incidence excessivement élevée des cancers, en particulier de la prostate, aux Antilles afin d’en améliorer la prévention et le traitement.

Lorsqu’à sa demande j’ai rencontré M. le Secrétaire d’Etat à l’Outre-mer, M. Christian Estrosi, je lui ai indiqué que le rapport était incontournable du point de vue scientifique, qu’il n’y avait aucun « catastrophisme » dans mon discours, et qu’il était de sa responsabilité de contribuer à la mise en œuvre le plus rapidement possible d’un plan d’action global impliquant de façon transversale les aspects environnementaux, sanitaires et agricoles, afin de remédier aux problèmes actuels, cela dans l’intérêt des antillais. J’ai également indiqué au Secrétaire d’Etat qu’un tel plan pouvait être mis en place sans nuire aux intérêts socio-économiques des Antilles, mais que la sécurité sanitaire des antillais, y compris des générations futures, est prioritaire.

Un récente réunion avec le Directeur-adjoint du cabinet de la Ministre de la Santé, Mme Roselyne Bachelot, ainsi que des responsables de la gestion des alertes sanitaire, m’a également permis d’insister sur la nécessité de mener des études de biomonitoring et de toxicogénomique, afin d’identifier les causes exactes de cette épidémie de cancers.

Nous attendons donc des représentants de l’Etat et des autorités locales la mise à disposition de moyens suffisants permettant de faire face à la crise actuelle et de faire réaliser les études annoncées dans les plus brefs délais.

Je me dois enfin de remercier l’ensemble de mes confrères et consœurs médecins qui se mobilisent localement pour faire émerger la vérité.

                                                                                       Pr. Dominique BELPOMME

Cancérologue, Président de l’ARTAC

Les dossiers

L’eau, un enjeu mondial et régional

    No water, no future (Pas d’eau, pas d’avenir) disait Nelson Mandela en août 2002 au Sommet du développement durable de Johannesburg. Comme il avait vu juste, diront dans quelques années  les spécialistes qui se pencheront sur l’état des ressources en eau de la planète.  Car, d’ici moins de 25 ans, la terre comptera 2 milliards d’habitants supplémentaires et si nos comportements ne changent pas, l’eau viendra à manquer. Les pays en situation de pénurie connaîtront d’énormes difficultés sur le plan sanitaire mais aussi économique et social car l’eau demeure le premier facteur de développement. C’est dire les enjeux de cette précieuse ressource.