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SAUVER LA FRANCE : J'AI ESSAYE D'ACHETER FRANCAIS, JE ME SUIS RUINEE
21-12-2011
sabot.france.jpg
Le "made in France"... douloureux !
 
Rue89 a voulu prendre François Bayrou au pied de la lettre et, pendant une semaine, favoriser le « made in France », du poulet à l'ampoule en passant par les collants.

 

PHOTO :  Des sabots made in France (Audrey Cerdan/Rue89)


 

 

Cet été, ma tentative de rembourser la dette en donnant un peu d'argent à l'Etat a malheureusement tourné court, et voilà que la France risque de perdre son triple AAA.

Pour éviter que la situation ne se dégrade davantage, j'ai décidé de consommer responsable en respectant ce mantra un peu culpabilisateur, relancé par François Bayrou, et occupant désormais tout le débat public : « Achetez Français ! »

« Mais bien sûr ! », ont renchéri Nicolas Sarkozy et son ancien ministre Yves Jégo, qui se targuent d'avoir eu l'idée les premiers – une idée vieille de cinquante ans.

Si un label « Origine France Garantie » existe, il ne concerne qu'une quinzaine d'entreprises, autant dire rien.

Je m'en remets donc à Google. L'examen sommaire des premières réponses à la requête « made in France » permet de tirer trois conclusions (non définitives mais tout aussi sommaires) :

  • le made in France souffre d'anachronisme, les packagings font poussiéreux, pas très contemporains (un peu comme acheter du bio à La Vie Claire) ;
  • le made in France est encore un peu chauvin – les sites ressemblent à des blogs de frontistes ;
  • le made in France est plus courant qu'on ne le croit – ces sites ont établi des listes importantes de « produits français ».

Pour acheter français, je ne me suis pas appuyée sur ces listes (trop facile). J'ai préféré aller de commerce en commerce pour repérer les produits fabriqués en France. Cette dernière méthode ayant l'avantage de faire parler les commerçants.

Au bout d'une semaine, je me suis aperçue que comme pour les voitures, la plupart des produits dits « made in France » sont en réalité un assemblage de pièces d'origines diverses. La difficulté du « consommer français » réside dans l'impossibilité pour le consommateur de retracer l'origine de toutes les composantes d'un produit.

Ma maison : chronophage

Et ma tasse ? Elle vient d'où ma tasse ? De Chine. Ma théière ? De Chine. Mes couverts ? Pareil. Mon mug ? Ah, ouf ! Il est français. Et il coûte 25 euros.

J'ai besoin d'ampoules. J'en ai marre de retourner les produits dans tous les sens pour trouver le « made in » qui n'y est que rarement. Je m'en remets à nouveau à Google. Sur le site de Phillips, je découvre qu'il y a près de dix usines en France. De fabrication d'ampoules.

Au supermarché, je vérifie quand même : « made in Poland ». Je pense à une erreur. J'en prends une seconde : « made in China ». J'ai plus de lumière, j'achète étranger, tant pis. Premier échec.

Pour le bricolage, le « made in » suivi d'un pays asiatique est majoritaire. Quelques surprises. Au rayon « clous » où jamais les provenances ne sont indiquées, j'ai acheté des punaises fabriquées par la « clouterie française » – je suppute qu'elles sont françaises.

Contrairement à une idée reçue, il existe bien de l'électroménager français, mais il est plus cher. Un confrère de La Dépêche qui a eu la même idée ruineuse que moi écrit :

« Entre une machine à laver Brandt polonaise à 499 euros et une française à 600 euros, le choix est vite fait. »

Etre belle : coûteux

Beaucoup plus que l'alimentaire, le « made in France » d'un produit de beauté est un vrai argument de vente.

Les produits de supermarché sont souvent fabriqués en Allemagne ou au Royaume-Uni. A l'exception des produits L'Oréal, les marques françaises sont davantage représentées en pharmacie ou dans les corners un peu « luxe » des grands magasins (ou spécialisés).

Comme je n'ai besoin de rien cette semaine (je ne vais pas m'acheter des nouveaux savons uniquement pour un reportage), je fais un petit inventaire dans ma salle de bain.

Quand j'ai fini, je me dis que si François Bayrou passait par là, il me tiendrait pour responsable de la désindustrialisation de la France :

  • brosse à dents chinoise ;
  • dentifrice italien ;
  • dentifrice néerlandais ;
  • tampons hongrois (tous les tampons sont hongrois d'ailleurs) ;
  • vernis américain ;
  • crèmes belge et allemande ;
  • démaquillant anglais ;
  • papier toilette, coton et coton-tiges européens (« made in EU ») ;
  • déo bio thaïlandais (oui, c'est vrai) ;
  • baume pour les lèvres anglais ;
  • shampoing américain ;
  • crème pour les cheveux anglaise ;
  • éponge italienne...

Mes produits français sont ceux qui m'ont coûté le plus cher, mais je les aime : maquillage, parfum, savons (de Marseille), crème.

Manger : facile

Sur la plupart des produits vendus en grande surface, il n'est pas du tout indiqué sa provenance. On trouvera parfois « made in France » ou « fabriqué en France » qui signifie qu'à 69%, votre produit a bien été assemblé en France. La mention « élaboré en France » indique que le produit a été fabriqué dans un atelier de production situé en France mais que les ingrédients ne sont pas forcément tous d'origine française. Sur une journée, j'ai essayé de déterminer l'origine de mes repas et de mes courses.

Petit déjeuner

  • café : d'après un site « made in France », ma machine Nespresso est française, les capsules aussi mais le café est étranger ;
  • thé : il est évidemment étranger ;
  • sucre : « Saint-Louis ». L'entreprise est on ne peut plus française mais rien sur l'emballage – si ce n'est le nom – ne permet de déterminer l'origine. Pourtant, il s'agit bien d'une entreprise française, installée en France. A l'usine d'Etrepagny (dans l'Eure), on transforme des betteraves provenant des régions alentours ;
  • pain : « La France est un grand producteur de farine, mademoiselle. Votre pain est français », me répond la boulangère.

Viandes

Elles sont parfois chères à l'achat lorsqu'elles sont produites en France, plutôt qu'en Europe. Leur origine doit être affichée. Ce mardi, je suis à Meyssac, en Corrèze. Je demande au boucher la provenance de ses viandes. Il est surpris :

« Les gens viennent ici parce que c'est du produit régional !

– Mais c'est cher, non ?

– Ah, au supermarché ce n'est pas les mêmes prix. Mais ce n'est pas non plus le même produit. »

La grande surface du coin propose des viandes d'origines française et européenne. On compare les prix :

  • côte de veau découverte : 27,26 euros le kilo en boucherie contre 18,20 euros en grande surface ;
  • poulet fermier : 14,60 euros contre 10,60 euros ;
  • escalope de poulet : 19,22 euros le kilos contre 9,95 euros.

Sinon, les produits « français » vendus uniquement en boucherie (des conserves, de la purée, des moutardes, etc.) vantés par le boucher coûtent en moyenne 30 à 40 centimes de plus que ceux vendus dans un supermarché « moyen » et pas toujours « made in France ».

Fruits et légumes

Sans forcément traîner dans les rayons bios, on trouve des fruits et des légumes français dans toutes les grandes surfaces – y compris (même si un peu moins) dans les low cost. Est-ce vraiment plus cher d'acheter des produits frais français ? Oui et non, puisque ça dépend vraiment des produits.

Dans une étude rapportée par La Croix, je lis que le « kilo de fraises étrangères est bien moins onéreux que celui de fruits cultivés en France (5,99 euros contre 7,45 euros), tout comme pour la pêche (2,4 euros contre 2,58 euros) mais que la production française est en revanche moins chère en ce qui concerne le kilo de carottes (1,22 euro contre 1,45 euro), de haricots verts (3,07 euros contre 3,64 euros) ou même de nectarines (2,62 euros contre 2,67 euros). »

Poissons

« Et vos poissons, ils viennent d'où ? » Le poissonnier se marre : on ne lui pose jamais la question. Alors que pour les viandes, l'origine est clairement un gage de qualité, pour le poisson – à l'exception des huitres et du saumon –, peu s'intéressent à l'origine de leur pêche.

Au rayon poisson frais d'une grande surface, sur une vingtaine d'espèces (poissons et crustacés) proposées, seules quatre ou cinq étaient françaises. Je cherche une explication. Elle est simple, le poissonnier me la fournit : les Français consomment énormément de poisson. La pêche étrangère, moins chère, est plébiscitée par les consommateurs « qui ne regardent pas l'origine », me fait-il observer.

M'habiller : très coûteux

Certaines marques dont on imagine qu'elles sont forcément 100% françaises (Comptoir des Cotonniers, Zadig et Voltaire, Monoprix, Camaïeu...) sont 100% fabriquées « ailleurs ». Les baskets Springcourt ou Le Coq Sportif, qui affichent un marketing très hexagonal (bandes tricolores...), sont fabriquées en Thaïlande ou en Chine.

Mais prenons les véritables charentaises ou toutes ces pantoufles qu'une commerçante corrézienne m'a présentées. « Tout cela est bien français », mais dieu que c'était laid. En matière de vêtements, le « made in France » connaît donc deux écueils :

  • le luxe : la plupart des vêtements et souliers fabriqués en France sont plus chers que la moyenne ;
  • ou la laideur : le côté terroir appliqué au textile, c'est très vite folklorique. Il reste les espadrilles.

Je trouve des collants fantaisie d'une marque française. Prix : 33 euros. Soit trois fois le prix des Dim, symbole de la délocalisation (roumaine) mais en quantité dans mon placard.

Il faut bien admettre qu'en matière de vêtements, si mes emplettes sont nos emplois, le taux de chômage s'explique.

Me droguer : jouable

« Bonjour ! Vous avez des cigarettes françaises ?

– Gitanes, Gauloises, Lucky Strike, Pall Mall.

– Ah, tant que ça ?

– Mais non ! Avant, c'était fabriqué en France. Mais là, il n'y a plus rien. »

Ce buraliste, éprouvé par la grève de la distribution, est un peu au désespoir. Au-dessus de sa tête, on aperçoit quand même une réclame pour du tabac du Sud-Ouest. Bref, c'est affreusement dur de fumer français. Autant arrêter. J'arrête.

Et la drogue ? J'appelle Arnaud Aubron, ex-rédacteur en chef de Rue89, désormais aux Inrocks et toujours spécialiste des drogues. Il prépare un dictionnaire et il me confirme que le sujet est sérieux :

« Ça devient de plus en plus risqué de transporter de la drogue alors on essaye de localiser la production. C'est une tendance de fond, on tend à relocaliser du Sud vers le Nord, ce qui est assez exceptionnel dans l'industrie. Si on peut parler d'industrie...

Pour le cannabis, c'est facile, beaucoup de gens produisent eux-même ce qu'ils vont consommer.

On trouve de l'ecstasy fabriquée en France mais c'est plus rare que l'herbe. La cocaïne est distillée dans des labos français. C'est un peu comme pour les voitures ; les pièces sont importées mais assemblées en France, alors on dit qu'elles sont fabriquées en France. »

Il me fait remarquer qu'on se drogue beaucoup avec des médicaments, détournés de leur usage premier : « Et là, c'est du made in France. »

Informatique, téléphonie

C'est mort. Dans une boutique Orange, le vendeur, consterné par ma question, m'a fait répéter. « Bien sûr que non. » Pareil pour les ordinateurs, les appareils photo, les lecteurs MP3, etc. Tout se passe à l'Est.

Et vous ? Achetez-vous français ? Si oui, pourquoi ?

SOURCE  :  Zineb Dryef

Journaliste  RUE89  

 
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