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PAUL VERGES, RAPPORTEUR DE LA CONVENTION DU MORNE-ROUGE POUR L'AUTONOMIE DES 4 DOM
12-11-2016
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Une.Convention pour réclamer l'Autonomie

Morne-Rouge, Martinique. 16, 17, 18 août 1971. Les partis et organisations autonomistes de la Réunion, de la Guyane, de la Guadeloupe et de la Martinique, réunis en convention, réclament l'Autonomie pour les 4 départements d'Outre-Mer. C'est Paul VERGES du Parti Communiste de la Réunion qui, au nom de toutes les délégations présentes, donna lecture de la déclaration finale qui suit. Le Statut d'Autonomie, le programme économique, social et culturel, l'Appel au Peuple, autant de propositions qui, 38 ans après, demeurent, en grande partie, d'une brûlante actualité.

NDLR : Le PPM fut représenté à cette convention pour l'autonomie par Camille DARSIERES.

 

CONVENTION POUR L’AUTONOMIE  

MORNE-ROUGE 

 16 - 17 - 18 août 1971

 

LES PARTICIPANTS

 

GUADELOUPE

 

C.G.T.G. : H. SONGEONS, DAGON.

Union des Femmes : Mme THILBY.

Parti Communiste : G. DANINTHE, G. ARCHIMEDE, GENIES, CHIPOTEL.

 

GUYANE

 

Cercle Guyanais d’Etudes Marxistes : Me GUERIL

 

MARTINIQUE

 

Amicale des élus démocrates du Sud :

Dr E. WAN-AJOUHU, SAINTE-ROSE.

C.G.T.M. : V. LAMON, Ph. DUFEAL, E. VANIN, A. LONDE, R. BRAMBAN.

Parti Communiste : A. NICOLAS, G. MAUVOIS, W. GUITTEAUD, G. GRATIANT, G. FITTE-DUVAL. R. MENIL,Solange FITTE-DUVAL, A. BRAMBAN et M. JUSTON (Jeunesse Com.).

Parti Progressiste : C. DARSIERES, A. REGIS, R. DESIRE, Ch. SAINTE-CLAIRE,FIDAT, Mme SAINTE-CLAIRE, R. de GRANDMAISON. 

Regroupement de l’Emigration Martiniquaise : Me MANVILLE, J. FANON, et Abbé PERMAL.

 

REUNION

 

C.G.T.R. : BRUNY PAYET.

Front de la Jeunesse Autonomiste : Elie HOAREAU.

Parti Communiste : Paul VERGES.

Groupe« Le Progrès » : A. MINATCHY.

Témoignage Chrétien : L. BIEDINGER.

Union Générale des Travailleurs Réunionnais en France : MALLET.

 

ONT ACCORDE LEUR APPUI ALA CONVENTION

   

Guyane

Union Générale des Travailleurs Guyanais.

Parti Socialiste Guyanais.

 

Guadeloupe

Regroupement de l’Emigration Guadeloupéenne.

 

L’importance de l’évènement

     Quand PaulVERGES, au nom de toutes les délégations présentes, eut donné lecture de la déclaration finale, quelqu’un dit dans le public :

« Nous venons d’assister à une grande chose. »

Personne ne se trompe sur l’importance de l’évènement.

Elle est grande.

Le branle-bas chez l’adversaire avec ses réunions convoquées à la hâte ; l’avalanche de motions « patriotiques », notamment dans l’île de la Réunion, l’impossibilité pour l’O.R.T.F. et la « grande presse » de faire le silence sur notre Convention ; autant d’indices de la grande portée qu’auront ces trois journées d’août.

     Dans les dernières années, la lutte pour l’autonomie dans nos quatre pays ont marqué des progrès certains.

     Sur ces progrès il fallait faire le point d’une part et le faire ensemble, Guadeloupéens, Guyanais, Martiniquais  et Réunionnais réunis.

     Il fallait d’autre part déterminer ensemble de quelle manière faire faire de nouveaux progrès à notre cause commune qui est celle de nos masses laborieuses et de nos peuples.

     Trois journées de travail intense et respons

able pour répondre aux questions que des centaines de milliers de gens se posent aujourd’hui dans nos pays.

     Sur quels principes se fonde la revendication de l’autonomie ?

     Quelle autonomie ?

    L’autonomie pour quoi faire ?

     Comment aboutir à l’autonomie ?

     Autrement dit : Quels principes ? Quel statut ? Quel programme ? Comment changer le statut ?

     Sur ces quatre points, la déclaration finale répond.

     Mais elle n

e dit pas tout.

     Un texte nécessairement ramassé  ne peut contenir l’intégralité de ce qui ressort de cet échange d’expériences entre 4 peuples.

     C’est en popularisant la Déclaration, enl’expliquant et en la développant, que nous tirerons pour les masses populaires, toute la richesse.

     Et de même qu’au Morne-Rouge, nous, partisans martiniquais de l’autonomie, nous avons travaillé ensemble, c’est ensemble que nous devrons dans la période qui s’ouvre mener le combat d’explication pour rendre irrésistible la volonté des masses d’arracher l’autonomie que nous avons définie.

 

-x-

 

La Déclaration final

e de la Convention pour l’autonomie

 

Les partis et organisations signataires de la Réunion, de la Guyane, de la Guadeloupe et de la Martinique, réunis en Convention les 16, 17 et 18 août 1971, pénétrés du sentiment de leur responsabilité quant au devenir de leurs peuples, conscients de l’extrême gravité de la situation créée dans leurs pays par la permanence d’un système de rapports coloniaux que la départementalisation tend à perpétuer.

 

Déclarent solennellement :

"Les peuples des quatre territoires de la Réunion, de la Guyane, de la Guadeloupe et de la Martinique,constituent par leur cadre géographique, leur développement historique, leurs composantes ethniques, leur culture, leurs intérêts économiques, des ENTITES NATIONALES, dont la réalité est diversement ressentie dans la conscience de ces peuples :

En conséquence, nul ne peut disposer d’eux, par aucun artifice juridique ; ce sont ces peuples eux-mêmes, qui, démocratiquement et en toute souveraineté détermineront leur destin ;

En conséquence aussi, nul ne peut émettre la prétention, à l’ère de la décolonisation, de limiter le champ des pouvoirs de décision à reconnaître à ces peuples ; mais, qu’à un moment précis de leur histoire, dans l’aire de l’impérialisme où ils vivent, dans le contexte économique que la Puissance Coloniale leur a imposé, ces peuples peuvent décider de revendiquer l’exercice d’un

e partie seulement de ces pouvoirs ;

Ces principes fondamentaux reconnus par la Déclaration des Droits de l’Homme, la Charte des Nations Unies et le préambule de la Constitution française, conduisent les signataires de la Convention à poser :

-      que l’avenir statutaire des quatre territoires concernés ne saurait être considéré qu’au regard du fait national et du fait colonial ;

-      que ces entités nationales doivent être constituées dans le cadre juridique d’un Etat autonome ;

-      que ce statut d’autonomie ne saurait être au profit d’une minorité, mais avant tout au profit des masses laborieuses, source de toute production et de toute richesse ;

-      que les institutions à venir de ces peuples eux-mêmes et par ces peuples seuls, selon le processus démocratique qui sera exposé ci-après."

 

Le Statut d’Autonomie

 

      Le statut d’autonomie dans chaque pays, devra reconnaître aux organes à mettre en place un certain nombre de pouvoirs indispensables dont les principaux sont énumérés ci-après :

-      Elaboration et exécution de plans de développement ;

-      Commerce intérieur et  commerce extérieur ;

-      Réglementation du crédit et de l’épargne ;

-      Régime fiscal et régime douanier ;

-      Contrôle de la Fonction Publique et de 

l’Administration Judiciaire ;

-      Organisation des services  et offices territoriaux ;

-      Régime de propriété des moyens de production ;

-      Accords économiques et financiers ;

-      Education et information ;

-      Police ;

-      Tutelle des collectivités locales.

     L’Etat autonome garantira le plein exercice des libertés publiques.

 

 Les organismes à mettre en place sont :

1)   une assemblée délibérante élue au suffrage universel direct qui votera les lois dans les matières relevant de la compétence del’Etat autonome ;

2)   un exécutif désigné par l’assemblée etre sponsable devant elle ;

3)   un organe de coopération.

 

Le budget del’Etat autonome sera alimenté par les impôts directs et indirects, les emprunts et le contribution de la France. Celle-ci sera globalisée au moins à son niveau pour faire face aux conséquences de trois siècles de colonisation.

 

Le programme économique, social et culturel de l’autonomie

 

Le programme économique, social et culturel de l’autonomie présentera certes des particularités propres à la situation de chacun des pays considérés, mais il tiendra compte partout des principes généraux et des buts définis ci-dessous :

      Le programme économique part de la réalité de l‘héritage très lourd d’une économie coloniale artificielle, déséquilibrée et fragile, conçue en fonction de besoins et d’intérêts extérieurs à ces pays.

      Son but sera de sortir le pays de son sous-développement colonial, de réaliser un développement harmonieux visant à liquider les déséquilibres économiques et sociaux actuels, à répondre aux besoins et aux intérêts fondamentaux du peuple. Pour atteindre ce but, l’Etat autonome partira de l’augmentation des productions traditionnelles, mais aussi de la diversification des cultures, du développement de la pêche et de l’élevage. Il entreprendra l’industrialisation à partir des ressources agricoles et de la pêche, du sol et du sous-sol, et créera une industrie de métallurgie légère…

Ainsi, seront considérablement diminuées les importations de biens de consommation courante, rééquilibrées les balances du commerce et des paiements.

     La réforme agraire aux Antilles et à laRéunion, la récupération par l’Etat guyanais autonome des terres actuellement domaniales constituent des moyens nécessaires pour augmenter la production, diversifier les cultures et freiner l’exode rural. Cette réforme constituera une source d’emplois par l’attribution de terres aux petits et moyens paysans, et mettra à la d

isposition de la collectivité des domaines de grande production.

     L’Etat autonome, par l’appropriation collective des grands moyens de production, la constitution de sociétés d’économie mixte, le régime fiscal, assurera le développement économique.

     Une coordination des économies des Antilles et de la Guyane facilitera leur développement et un débouché plus large à leurs industries. L’extension desrelations avec les autres pays y contribuera également.

     Le programme social de l’Etat autonome découle de la réalisation de ce programme économique.

     Là encore, il faut souligner le lourd héritage du passé colonial ; mais l’Etat autonome visera à résorber les déséquilibres sociaux, les disparités des revenus et le chômage par une politique de l’emploi, une répartition plus juste des revenus, une sécurité sociale véritablement au service des travailleurs, une politique de logement pour les masses populaires et une politique réellement efficace de la santé basée principalement sur la médecine préven

tive et l’hygiène du milieu.

     Sur le plan culturel, tenant compte desacquis positifs et des aspects négatifs actuels, l’Etat autonome développera un enseignement de masse rénové dans son contenu, ses méthodes et ses buts, utilisant toutes les conquêtes de la science et de la technique. Un tel enseignement mettra l’homme guadeloupéen, guyanais, martiniquais et réunionnais au centre de la vie sociale et à la direction des affaires de son pays et le libérera ainsi des complexes d’une aliénation de 3 siècles de colonisation.

      Ainsi, s’exprimant librement, il affirmera dans tous les domaines sa propre culture jusque là étouffée, pour accéder à la culture universelle.

 

Comment changer le statut ?

 

      La faillite de la départementalisation dans tous les domaines est telle que les peuples de nos pays ont manifesté par des actions de grande ampleur leur opposition à la poursuite de cette politique.

     Les dernières consultations électorales ont reflété cette opposition et posé avec force le problème de transformations radi

cales dans nos pays.

     Le pouvoir colonial responsable de cette faillite est contraint de reculer, mais manœuvre pour maintenir l’essentiel des positions coloniales. Il cherche à diviser nos peuples. Il annonce sa décision d’élaborer  lui-même un projet aménageant le statut et de consulter les conseils généraux sur ce point.

    Une telle procédure doit être dénoncée  et ses résultats dès maintenant  contestés et récusés.

     L'intégralité de représentation au Conseil Général, au détriment des villes et en faveur des petites communes rurales, la fraude qui a présidé à l’élection de nombreux conseillers généraux, le désaveu de nombreux autres par les électeurs à la consultation de mars 1971, et la fait qu’aucun conseiller  général, en 1967 et en 1970, n’a été désigné à cette assemblée avec un mandat légal et officiel d’y définir les modalités d’un changement de statut, sont autant d’éléments qui disqualifient sans appel les Conseillers Généraux comme assemblées représentatives ayant compétence pour discuter d’un problème aussi grave ; et encore moins pour engager les peuples de leurs pays.

     C’est avec les peuples qu’il faut traiter à travers les interlocuteurs qu’ils auront librement désignés et non avec les hommes qui détiennent finalement leur mandat plus par procuration du pouvoir que par délégation populaire.

     La procédure annoncée par le pouvoir engage le fond dès le départ et dès le départ tout dialogue truqué ne trompe personne et hypothèque gravement l’avenir.

     Les partis et organisations de la Convention de Morne-Rouge considèrent que le droit de leurs peuples à l’autodétermination ne peut s’exercer actuellement que par le moyen d’élection libre et démocratique, au suffrage universel d’une Assemblée ayant pour seul but l’élaboration du nouveau statut du pays.

     Le scrutin de liste proportionnel et le droit de vote à 18 ans devront permettre à toutes les tendances de l’opinion, démocratiquement représentées, de participer à la discussion et à l’élaboration des institutions du pays.

     L’élection de ces assemblées implique des garanties et des mesures précises pour éliminer toutes les formes de fraudes et de violences, de pression et de corruption qui entravent jusqu’à présent la libre expression de la volonté populaire.

     C’est à ces assemblées guadeloupéenne, guyanaise, martiniquaise et réunionnaise, élus par les Guadeloupéens, Guyanais, Marti

niquais et Réunionnais, de définir et e décider du statut de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique et de la réunion.

 

Appel au peuple

     Par le programme politique, économique,social et culturel qu’elle implique, la lutte pour l’autonomie peut et droit rassembler toutes les forces démocratiques des pays concernés.

     C’est la raison pour laquelle, les partis et organisations signataires appellent tous les démocrates, tous les honnêtes gens de leurs pays à réaliser un front uni contre le colonialisme, pour la libération et le développement, quelles que soient leurs opinions philosophiques et religieuses. 

 

Morne-Rouge, le 18 août 1971.

 

 

Confédération Générale des TravailleursGuadeloupéens

Union des Femmes de la Guadeloupe

Parti Communiste Guadeloupéen

Cercle Guyanais d’Etudes Marxiste

Parti Communiste Martiniquais

Parti Progressiste Martiniquais

Confédération Générale desTravailleurs Martiniquais

Amicale des Elus Démocrates du Sud de la Martinique

Regroupement de l’Emigration Martiniquaise

Confédération Générale desTravailleurs Réunionnais

Front de la Jeunesse Autonomiste de la Réunion

Groupe du Progrès de la Réunion

Union Générale des Travailleurs Réunionnais en France

Parti Communiste Réunionnais

Groupe Témoignage Chrétien de laRéunion

 

     Le 18 août, la Convention du Morne-Rouge a reçu de l’Union des Travailleurs Guyanais le télégramme suivant :

« Regrettons très sincèrement no participation Convention. Stop. Solidaires et soutenons globalement conclusions travaux. Stop. Beau travail, plein succès faveur autonomiste D.O.M.

 

 

A nos lecteurs 

    

Le  Parti Communiste Martiniquais a joué un grand rôle dans la préparation de la Convention et dans son organisation matérielle.

    Il y a présenté des documents su

r les différents points à l’ordre du jour (statut politique, programme économique, social et culturel).

    Ces documents volontairement brefs, donnent les grandes lignes du programme de l’autonomie proposé par notre Parti.

    Pour une connaissance plus complète des propositions de notre Parti,nous renvoyons nos lecteurs aux documents suivants que nous avons déjà publiés.

 

1 – Le Programme de l’Autonomie  -  1963

2 – Thèses et rapports du 4è Congrès du P.C.M.  - 1968

3 – « Action » numéro 5, Revue théorique du P.C.M

 

 


 
 
 
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