Fuir le diktat de notre balance !

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Les vacances sont là pour beaucoup... Et adopter un style décontracté est tentant pourtant avouons-le, nous nous bloquons très souvent à la vue du chiffre annoncé par la balance !  Cet objet fétiche de notre salle de bains nous communique toute une série d’idées et de croyances non fondées. À la manière des professeurs lors des conseils de classe, elle nous délivre avertissements, blâmes ou félicitations. Cette machine que l’on croit parfaitement fiable et objective génère ou entretient des idées fausses sur notre relation au corps, au poids et à l’alimentation.
 
Son pouvoir et notre dépendance
seraient moindres... Si seulement nous n’avions pas donné à ces
quelques centimètres carrés de plastique et
d’aluminium le statut de juge suprême....
 
À propos du poids idéal ?
 
Gérard Apfeldorfer psychiatre et psychothérapeute, spécialiste des troubles du comportement alimentaire explique : « Le poids idéal que l’on vise est rarement notre poids naturel, c’est-à-dire notre poids d’équilibre ou de confort ». Le poids idéal est souvent celui que l’on souhaite atteindre après des régimes drastiques voir des privations et que l’on poursuit toute sa vie.  Sachez que chaque fois que vous mettez le corps en restriction alimentaire, vous activez une carte mémoire de défense de l’organisme. Celui-ci va se mettre sur le « mode stockage en prévision de la famine » pour lequel il est génétiquement programmé.

« Le problème est que la notion de poids idéal est soutenue par le corps médical » souligne Gérard Apfeldorfer. Les médecins se réfèrent à l’indice de masse corporelle (IMC, poids divisé par le carré de la taille, exprimé en kg/m2). Or, ce « calcul est effectué à partir de données épidémiologiques, c’est-à-dire, sur l’ensemble d’une population, qui ne sont pas transposables aux individus » tempête le psychiatre. Elles ne tiennent pas compte de l’histoire pondérale, du mode de vie, ni de l’héritage génétique de la personne. « Résultat : en élisant un chiffre ‘magique’ qui symbolise à la fois notre poids de beauté et notre poids de santé, nous transformons le pèse personne en caisse de résonance de données fausses et anxiogènes. Il vaut mieux conseille le thérapeute rechercher son poids d’équilibre. Un poids dans lequel on s’installe durablement et sans effort quand on est vraiment à l’écoute des des sensations corporelles et alimentaires.

La balance nous fait croire qu’un bon poids, c’est un beau corps ! Et c’est un mensonge ! Ou plus, exactement une interprétation dangereuse du rôle de la balance dans la construction d’une image de soi positive. Le plus souvent, lorsque l’on dit un beau corps, on se réfère à la norme en cours…limite anorexique. Ce qui est à la fois une aberration et une grande souffrance pour tous ceux qui en sont éloignés. Par conséquent, en affichant un poids que nous estimons loin du ‘beau corps’, nous plaçons la balance dans le  « rôle de surmoi intransigeant et tyrannique. Et à cause d’une pensée magique: "quand je pèserai cinquante kilos, je serai belle". Nous nous coupons ainsi de nos sensations corporelles et nous nous privons  du plaisir d’habiter un corps singulier.

Nous avons une confiance erronée aux chiffres de la balance ! "Ce poids qui s’affiche n’est pas une vérité scientifique"!  insiste Gérard Apfeldorfer. « La balance ne peut pas avoir raison, car chaque être est singulier. Sa morphologie, sa génétique, son mode de vie, son histoire le rendent unique. Or la balance ne dit rien de cette complexité, elle réduit l’être à un tas de kilos ! ». Dans tous les cas, prévient le psychiatre s’en remettre à une balance ou aux dires des uns et des autres nous privent d’une liberté essentielle : celle qui consiste à se faire confiance pour faire les choix de vie que l’on estime générateurs de bien-être physique et psychique. En fonction de son ressenti personnel !

 
Un corps accepté, c’est un corps  que l’on aime soigner et mettre en valeur, qu’il soit maigre, mince, rond ou gros

Pour aller plus loin
 
Groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids (Gros) vous propose un panorama critique des régimes et autres solutions miracle pour maigrir. Gérard Apfeldorfer est vice-président et rédacteur en chef du site :
www.gros.org

Organisme québécois proposant des méthodes alternatives pour mincir autrement :
www.equilibre.ca

 
À lire
 
APFELDORFER (Gérard), Mangez en paix, Paris : Odile Jacob,
     "                                 "       Maigrir c’est dans la tête, Paris : Odile Jacob, 1997.